L’Orchestre Lamoureux vous propose un voyage dans l’âge d’or de la musique classique lors de son prochain concert symphonique.

Le talentueux maestro Adrien Perruchon fera souffler un vent de fraîcheur sur ce programme traditionnel. Nous lui avons demandé de nous parler de ce concert.

Dimanche vous dirigez des pièces écrites par les quatre grands maîtres viennois, l’une d’entre elle aurait-elle votre préférence ? Si oui, laquelle et pourquoi ?

Ces quatre oeuvres sont si différentes par nature que je serais bien incapable d’en dégager une, et j’invite nos auditeurs à apprécier cette variété.

Haydn nous livre ici une musique pleine d’humour et même de gags (certes moins évidents que dans certaines de ses symphonies comme la surprise, palindrome, les adieux…) et comme toujours très théâtrale, ce qui vaudra d’ailleurs l’utilisation de certaines de ces pages comme musique de scène d’où viendra le titre hérité, Le Feu.

Egmont qui est destiné dès sa conception pour le théâtre et reprend les grands thèmes chers à Beethoven qu’il n’aura de cesse de chanter jusqu’a la neuvième symphonie : égalité, liberté face à l’oppression et fraternité entre les peuples.

Les deux mouvements de la Symphonie Inachevée sont à mon sens du concentré de Schubert : la pureté que l’on trouve dans ses lieder (le premier commence d’ailleurs par une mélodie « chantée » sans accompagnement, procédé que l’on retrouve à plusieurs moments de la symphonie) et d’énormes contrastes dans une forme pourtant très classique, peut être est-ce la raison pour laquelle il s’est arrêté dans son travail, ayant ciselé ces deux mouvements avec une liberté folle dans le cadre le plus conventionnel.

Quant à Don Giovanni, ne boudons pas notre plaisir, c’est comme Wagner l’a fameusement dit « l’opéra des opéras » !

Est-ce votre expérience de timbalier vous apporte une vision particulière de la direction de ces œuvres ?

Tout chef qui a connu le groupe « de l’intérieur », quel que soit son instrument d’ailleurs, bénéficiera de cette expérience et tirera profit et mettra en pratique ses observations des différents protagonistes, ce qui est bien entendu très utile pour le côté « chef d’orchestre » du métier, car comme le dit souvent un de mes maitres Esa-Pekka Salonen, la direction d’orchestre est avant tout une profession qui s’apprend, se transmet et non une pratique mystérieuse.

Pour ce qui est de l’interprétation, nous disposons du texte musical, de quelques principes d’exécution et des forces conjointes de tous les musiciens de l’orchestre avec leur technique et leur sensibilité, le dénominateur commun de tout cela étant la partition du compositeur, c’est elle, je le crois, qui prime.

Visuel THE BIG FOUR Maîtres viennois / Saison 2018-2019

Vous avez déjà dirigé l’Ouverture de Don Giovanni en 2016. Votre interprétation a-t-elle évolué depuis ?

Cette ouverture est un des coups de génie dont Mozart nous fait cadeau. Lorsqu’on la joue dans le contexte de l’opéra entier (comme c’était le cas pour moi il y’a deux ans à Cologne), elle résonne évidement avec la scène du festin de pierre (selon les versions dernière ou avant-dernière scène de l’oeuvre). Elle se place donc dans cette sorte de boucle inscrite dans la dramaturgie de Da Ponte où toute l’oeuvre se déroule en conséquence de la mort du Commandeur intervenant dans les premières minutes. 

Plusieurs mise en scène ont d’ailleurs utilisé le principe du flash-back pour illustrer l’ouverture quand elle n’est pas exécutée rideau baissé. Mozart, avec son sens inégalé du théâtre nous saisit par ces accords d’un ré mineur péremptoire (c’est aussi la tonalité du requiem) et s’il surgissent du silence dans l’ouverture, lorsque l’auditeur les entend pour la seconde fois dans le deuxième acte, ils interrompent brusquement une des scènes les plus burlesques de ce « dramma giocoso », ce qui est non moins saisissant !

Pour ménager ses effets, Mozart ne nous livre dans l’ouverture que quelques instants de la musique du commandeur, avant de nous entrainer sans aucune transition dans un « Molto Allegro », ce qui en italien veut bien entendu dire très vite, gai, mais aussi superficiel, licencieux, sans scrupule, on pourrait en quelque sorte y lire le portrait du personnage de Don Giovanni.

La version de concert que nous jouons diffère très légèrement de celle du théâtre qui prépare l’entrée en scène de Leporello alors que nous finissons ici en un éclat de rire, ce qui ne modifie pas fondamentalement la structure de la pièce ni son interprétation, je tenterai donc, comme en 2016, de replonger dans l’atmosphère du théâtre avant le lever de rideau.

C’est la première fois que vous collaborez avec l’Orchestre Lamoureux. Quelle image avez-vous de cet orchestre et de son histoire ?

Comme beaucoup de mélomanes et de musiciens, je connais la place spéciale que l’Orchestre Lamoureux occupe depuis ses débuts dans le coeur des compositeurs, et la liste des créations qu’il a à son actif se lit comme un who’s who des artistes de différentes périodes. J’ai aussi un souvenir sonore d’enfance lié à l’orchestre: un de mes disques de chevet a été pendant de nombreuses années l’enregistrement du vingtième concerto de Mozart (encore en ré mineur!) par Clara Haskil et Igor Markevich avec Lamoureux, un vinyle que j’écoutais vraiment en boucle!

Que souhaitez-vous transmettre au public pendant ce concert ?

Chacun sera touché différemment car l’écoute est une chose très personnelle et donc subjective, et j’espère que nous aurons su attirer l’attention sur l’univers très particulier de chacune de ces oeuvres classiques: l’humour de Haydn, le tourment des mélodies de Schubert, l’élan « beethovenien » et l’effervescence chez Mozart.

[ Dimanche 18 novembre 2018 ▪︎ 17h ▪︎ Salle Gaveau ]