L'Orchestre Lamoureux, depuis 1881.
Un peu d'histoire...

Portrait Charles Lamoureux

L’Orchestre Lamoureux est un orchestre symphonique parisien associé au Théâtre des Champs-Élysées et en résidence à la Mairie du IVe arrondissement de Paris. Il compte 85 musiciens titulaires, recrutés sur concours ; il est subventionné par la Ville de Paris et la DRAC Ile-de-France.

Fondé en 1881 par Charles Lamoureux sous le nom de Société des Nouveaux Concerts, il devient orchestre associatif en 1897 et est reconnu d’utilité publique depuis 1961. Charles Lamoureux était un grand admirateur de la musique de Richard Wagner, ce n’est donc pas un hasard si c’est à l’Orchestre Lamoureux que l’on doit d’avoir entendu pour la première fois Lohengrin en France.

Les décennies qui suivirent ont imposé l’Orchestre dans le répertoire français. Debussy et Ravel lui doivent les créations mondiales de La Mer, du Concerto en sol, de La Valse, du Boléro dans sa version concert…

Son histoire est aussi liée aux noms de grands chefs tels que Paul Paray, Igor Markevitch, Yutaka Sado et plus récemment Michel Plasson. Côté solistes, l’Orchestre a eu le plaisir de collaborer avec Yehudi Menuhin à ses débuts, Pablo Casals, Arthur Grumiaux, Clara Haskil, David Oistrakh, Maurice Gendron, Jacques Thibaud, Pierre Fournier et Karine Deshayes.

Riche d’une programmation classique et contemporaine, l’Orchestre Lamoureux fait la part belle à des artistes variés tels les Rita Mitsouko, Didier Lockwood, Richard Galliano, Agnès Jaoui ou encore Jane Birkin, Derrick May et Ed Banger Records, afin de leur apporter les résonances d’un grand orchestre symphonique.

La transmission de notre patrimoine est essentielle à l’Orchestre, il propose ainsi aux spectateurs un volet d’actions culturelles allant des rencontres avec les artistes aux projets à destination du jeune public : les Bébé Concerts, l’Atelier Musical et les Enfants sur Scène.

Oeuvres majeures

1884

Création de Tristan et Yseult de Richard Wagner

C’est au théâtre du Château-d’Eau que fut exécuté pour la première fois le premier acte de Tristan et Yseult, le 2 mars 1884. C’est à l’occasion de ce concert que Claude Debussy, spectateur régulier des concerts Lamoureux, découvre Richard Wagner. En voici la note de programme, écrite par Charles Lamoureux.

Présentation Tristan&Yseult
Présentation Tristan&Yseult
© Orchestre Lamoureux
Avis Lohengrin

1887

La création de la version concert de Lohengrin de Richard Wagner

L’admiration de Charles Lamoureux pour Richard Wagner le pousse à se tourner vers le théâtre de l’Eden (l’actuel Théâtre Athénée Louis-Jouvet), qu’il considère plus adapté aux opéras du compositeur allemand. Il sollicite l’aide du jeune compositeur Vincent d’Indy afin d’organiser les répétitions pour préparer l’impressionnant Lohengrin, opéra de trois heures et demie

Cependant, le 20 avril 1887, un incident diplomatique appelé « l’affaire Schnæbelé«  tend les relations entre la France avec l’Allemagne. Cette affaire vient subitement arrêter tous les travaux de Lamoureux, alors que de nombreux nationalistes complotent pour faire interdire la représentation de Lohengrin. Malgré tout, Charles Lamoureux parvient à monter la première version concert de l’opéra wagnérien le 3 mai 1887. Cette représentation fait découvrir la musique de Wagner à un large public et fait dire à un critique de l’époque : « Rien n’est changé en France ; il n’y a qu’un chef-d’œuvre de plus. »

Mais l’affaire prend des proportions inquiétantes : on accuse le chef d’orchestre de trahison envers son pays. Des manifestations s’organisent aux abords du théâtre de l’Éden le soir du 4 mai, manquant de se terminer par une attaque de l’Ambassade d’Allemagne. La violence de ces mouvements incitent Lamoureux à abandonner la partie : « J’y renonce, je suis à bout, je casse mon bâton de chef d’orchestre. » lit-on le 8 mai dans une interview. Malgré tout, cette polémique autour de Lohengrin a permis à Richard Wagner d’avoir une visibilité sans précédent parmi le public français.

1899

L’Apprenti Sorcier de Paul Dukas, sous la direction de Camille Chevillard

L’Apprenti Sorcier de Dukas est créé le 5 février 1898 par Louis Diémer et Alfred Cortot à la Société nationale mais la pièce n’a pas la consécration qu’elle mérite : il faut qu’un des grands orchestres nationaux programme l’œuvre pour la faire connaître au public et aux critiques. En septembre 1898, Charles Lamoureux envoie une lettre aux éditions Durand, éditeur de la partition : « J’ai le projet de mettre à l’étude pour un prochain concert L’Apprenti Sorcier. Je le ferai avec d’autant plus de plaisir que j’ai la plus grande estime pour le talent de M. Dukas. »

Le concert, dirigé par Camille Chevillard, est fixé au 19 février 1899. Dukas assiste à la soirée et lui consacre un article le 25 février suivant dans La Chronique des Arts et de la Curiosité. Il se limite cependant « à constater que Camille Chevillard et son magnifique orchestre ont réalisé avec un art incomparable et un zèle artistique dont (il est) heureux de leur témoigner sa reconnaissance, toutes les intentions de l’auteur. » 

Camille Chevillard dirigera L’Apprenti Sorcier 16 fois en 15 ans.

Programme Apprenti Sorcier

1900

Création des Nocturnes de Debussy, triptyque symphonique avec choeur de femmes

Le titre « Nocturnes » semble avoir été emprunté à une série de tableaux du peintre anglais Whistler, ami de Mallarmé, que Debussy appréciait particulièrement. Mais le projet initial de l’œuvre, remontant à 1892, s’intitulait Trois Scènes au crépuscule ; puis ce projet se mua en trois Nocturnes pour orchestre et violon principal, la partie de violon étant expressément écrite à l’intention du belge Eugène Ysaÿe. Il ne reste rien de cette version, qui disparut à la suite d’une brouille entre le compositeur et son interprète. La version définitive coûta deux ans de travail à Debussy. Les deux premiers Nocturnes, Nuages et Fêtes, furent créés le 9 décembre 1900 à Paris : le succès fut vif, plusieurs critiques, celle de Paul Dukas en particulier, furent élogieuses. On n’entendit le triptyque entier que près d’un an plus tard, le 27 octobre 1901.

Le compositeur lui-même a rédigé un commentaire de ses trois pièces : « Le titre Nocturnes veut prendre ici un sens plus général et surtout plus décoratif. Il ne s’agit donc pas de la forme habituelle de « nocturne », mais de tout ce que ce mot contient d’impressions et de lumières spéciales. Nuages : c’est l’aspect immuable du ciel avec la marche lente et mélancolique des nuages, finissant dans une agonie grise, doucement teintée de blanc. Fêtes : c’est le mouvement, le rythme dansant de l’atmosphère avec des éclats de lumière brusque, c’est aussi l’épisode d’un cortège (vision éblouissante et chimérique) passant à travers la fête, se confondant en elle, mais le fond reste, s’obstine, et c’est toujours la fête et son mélange de musique, de poussière lumineuse participant à un rythme total. Sirènes : c’est la mer et son rythme innombrable, puis, parmi les vagues argentées de lune, s’entend, rit et passe le chant mystérieux des sirènes. » Il faut préciser encore, avec Debussy, que les Nuages furent ceux de Paris et les Fêtes celles du Bois de Boulogne. Tout procède donc de notations visuelles.

1905

La création de La Mer de Claude Debussy, sous la direction de Camille Chevillard

Lors de sa première audition publique le 10 octobre 1905, la grande nouveauté de l’œuvre de Claude Debussy n’est pas été appréciée tout de suite. On raconte même que certains musiciens de l’Orchestre Lamoureux auraient fait des bateaux en papier avec les partitions et les auraient fait « naviguer » en les poussant du pied sur le plancher en bois de la salle de concert. La Mer de Debussy s’est toutefois vite imposée comme l’une des partitions majeures du XXe siècle.

Paul Dukas, présent à la première, écrit : « Il est difficile de nier que jamais l’auteur n’a fait preuve de virtuosité technique. Comme présentation de sa manière, c’est aussi parfait que L’Après-midi d’un faune ou les Nocturnes, plus parfait même à certains égards. »

Programme Debussy La Mer

Chefs d’orchestre et artistes invités

Yehudi Menuhin

1926

Sous la direction de Paul Paray, de nombreux artistes sont invités à jouer avec l’Orchestre. Le violoniste Yehudi Menuhin n’a que dix ans lorsqu’il donne son premier concert à la Salle Pleyel en 1927, accompagné par les Concerts Lamoureux. Le 19 février 1927, il envoie une lettre à l’Orchestre :

« Mes chers amis, je ne peux pas exprimer toute ma gratitude et particulièrement à Monsieur Paray pour le plaisir que m’a fait cette belle plaque, souvenir de mon premier concert à Paris, j’en garderai le souvenir toute ma vie. J’espère que quand je reviendrai à Paris dans quelques années, j’aurai le plaisir de jouer avec vous une autre fois. Votre ami, Yehudi Menuhin »

Photo Yehudi Menuhin
© Keystone
Photo tournée Markevitch Etats Unis
© Orchestre Lamoureux

Igor Markevitch

1957-1962

Chef d’orchestre prodige, il dirige à 18 ans le Concertgebouw d’Amsterdam. Après la Seconde Guerre mondiale, il participe aux festivals de Salzbourg, Berlin, Montreux… Bela Bartok le considère comme une des figures les plus frappantes de la musique contemporaine.

À l’automne 1957, Georges Auric est élu président et Igor Markévitch chef permanent. Il hérite d’un orchestre qui s’est imposé sur la scène parisienne et même internationale. Le répertoire n’est plus un moyen mais une fin : on vient écouter l’Orchestre et non plus seulement ce qu’il joue.

Markevitch inscrit à ses programmes de nombreuses pages de musique russe méconnues ; il enregistre pour la première fois La Vie pour le Tsar de Glinka (1957). Il aborde également de grandes fresques chorales (Messes de Mozart, La Damnation de Faust de Berlioz) ou des oeuvres oubliées du répertoire français comme la Symphonie n°2 de Gounod.

Dans le domaine de la musique contemporaine, il commande une oeuvre à Boulez (Doubles, 1958) et il crée le Concerto pour alto n°2 de Milhaud avec l’Écossais William Primrose (1958). Ses invités s’appellent Bernstein, Fricsay, Maazel, Haitink… Au printemps 1960, les Concerts Lamoureux effectuent une tournée aux États-Unis où ils sont salués comme l’ambassadeur de la musique française.

Yutaka Sado

1993 - 2011

Ancien assistant de Leonard Berstein, contacté par le hautboïste Didier Costarini, il est nommé Chef Invité Privilégié en janvier 1993. Il propose des répertoires éclectiques dans le but d’accueillir un public nouveau et mélangé.

Yutaka Sado développe le concept de « classique alternatif » : il inaugure les « leçons de musique », de véritables cours de direction donnés avant les concerts. Dans le but de désacraliser la musique classique, il met en place les concerts pédagogiques Zizic Maestro !, une formule interactive qui place le public au cœur du processus de création, lui donnant par exemple l’opportunité de choisir son interprétation préférée parmi plusieurs propositions. Le 12 octobre 1997, il organise un concert-marathon à la Salle Pleyel. L’Orchestre reprend également sa production discographique sous sa direction

Le 30 septembre 2001, le concert anniversaire des 120 ans de l’Orchestre rassemble des invités prestigieux tels que Didier Lockwood, Richard Galliano, Bernard Lavilliers, William Scheller et Michel Fugain autour du chef : « L’un des moments clef de l’histoire qui me lie à l’Orchestre fut le concert des 120 ans, en 2001. (…) Ce jour-là, après un programme de musique française, et un plateau chargé d’invités du monde du jazz et de la chanson, l’Orchestre accepta une de mes idées farfelues : jouer Le Boléro de Ravel… à l’envers, de la fin au début ! Nous nous sommes vraiment amusés, et le public applaudissait à tout rompre. »

Les dix-sept ans de direction de Yutaka Sado s’achèvent en 2011, lors du 130ème anniversaire de l’Orchestre. Cette même année, Yutaka Sado réalise son rêve en dirigeant l’Orchestre philharmonique de Berlin.

Photo Yutaka Sado
© Orchestre Lamoureux
Photo Fayçal Karoui
© Orchestre Lamoureux

Fayçal Karoui

2011 - 2015

Contacté par Bernadette Gardey (alors violon solo de l’Orchestre), Fayçal Karoui est nommé en 2011 directeur musical de l’Orchestre Lamoureux et en juin 2013 président de l’association par les musiciens titulaires. 

Né à Paris en 1971, il obtient son premier prix de direction d’orchestre au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris en 1997. La bourse « Aida » lui permet ensuite de travailler comme assistant de Michel Plasson à l’Orchestre national du Capitole de Toulouse, poste qu’il occupe jusqu’en 2002. Cette collaboration l’amène à diriger les œuvres du répertoire français.

Sous sa direction, l’Orchestre Lamoureux s’est placé sous le signe de la musique française, donnant au public à réentendre les œuvres dont il a été le créateur : Le Boléro de Ravel, La Mer de Debussy, España de Charbier ainsi que L’Apprenti Sorcier de Dukas. La programmation fait aussi la part belle aux compositeurs contemporains comme Thierry Escaich, Guillaume Connesson, Henri Dutilleux et Pascal Zavaro. Fayçal Karoui a développé un nouveau rapport avec les spectateurs en les invitant à le rencontrer avant chaque concert, en compagnie du compositeur invité, pour leur présenter le programme.

L’un de ses souhaits pour l’Orchestre est la création du Chœur Lamoureux en 2012, un chœur composé de choristes amateurs confirmés. Il propose à Patrick Marco, aussi directeur musical de la Maîtrise de Paris et directeur du Conservatoire de Puteaux, d’en assurer la direction.

C’est également sous sa direction que l’Orchestre participe à la série de 30 concerts à La Folle Journée à Nantes et au Japon en 2013.